NÎMES Viol d’une fillette en prison : le pédophile voulait des enfants avec sa victime de 9 ans

Ce mercredi, avait lieu la deuxième journée du procès de Raymond Adam, pédophile récidiviste, accusé d’avoir violé une mineure de moins de 15 ans. La mère de l’enfant, Carine B., est à ses côtés dans le box de la cour d’assises en tant que complice. 

Il est des procès qui interrogent. Hier, à l’ouverture des débats, le public apprenait avec effarement les ratés de l’administration pénitentiaire (relire ici). Pendant trois ans Raymond Adam, condamné à 18 ans de prison en première instance (à 20 ans en appel, Ndlr), a reçu les visites d’une fillette d’une dizaine d’années que sa mère, qui venait rencontrer le prévenu, amenait au parloir de la maison d’arrêt de Nîmes. Plusieurs signalements des surveillants pénitentiaires, mais aussi d’un codétenu de l’accusé, jugeant l’attitude de Raymond Adam plus que suspecte, sont restés lettre morte. Un fiasco. « Une catastrophe pénitentiaire », commentera l’avocat Ludovic Para. 

Le début de cette deuxième journée d’audience n’est guère plus rassurant sur le fonctionnement des institutions. Le père de la victime raconte à la barre du tribunal nîmois qu’il est allé déposer plainte au commissariat pour protéger sa fille de l’accusé et qu’il n’aurait pas été pris au sérieux. « On m’a dit que ce n’était pas bien de porter plainte pour l’argent », lance le père de famille. Consternant. Combien de fois la victime aurait-elle pu échapper aux griffes de Raymond Adam ? 

L’avocat général, Pierre Couttenier. Photo Tony Duret / Objectif Gard

La suite du témoignage de ce papa est aussi sincère que poignante. Celui d’un homme qui, à l’époque, est rongé par l’alcool et chassé de son domicile par sa femme. C’est seul, loin de ses enfants et de son ex qui fréquente tout juste Raymond Adam, qu’il s’est battu contre ses démons : « En 2012, j’ai compris que j’étais en train de tout gâcher. J’ai pris la décision d’arrêter l’alcool et ça fait dix ans que je n’ai pas touché à une goutte. »

Une victoire pourtant infime face à la culpabilité qui transpire de son intervention, celle d’un père qui n’a pas pu sauver sa fille : « Je me sentais vraiment impuissant, c’est de ma faute », regrette-t-il la voix tremblante. En réponse à une question de l’avocat général, Pierre Couttenier, il demande à ce que son ex-épouse, dont il a partagé la vie pendant près de vingt ans, « soit punie pour avoir ignoré et pas cru notre fille ». Avant de lancer un cinglant : « Elle a emmené ma fille à l’abattoir. »

Pénétrations digitales et fellations

Vient alors le témoignage très attendu de cette jeune victime qui s’avance devant le président Éric Emmanuelidis. Elle a aujourd’hui 19 ans, un bébé de 7 mois et se présente comme mère au foyer. « Je suis ici pour entendre la vérité et pour me soulager des choses que je porte depuis des années », indique-t-elle spontanément avant de répondre aux questions du juge. Contrairement à la défense entrevue en début de procès par l’accusé qui nie les pénétrations, elle les confirme. Ainsi que les fellations. Rappelons que sa mère a rencontré Raymond Adam alors qu’elle n’avait que 9 ans et que les faits incriminés courent jusqu’à ses 13 ans. 

Quatre ans d’enfer. Une première année au sein du domicile familial, là où elle devrait être plus en sécurité que jamais, auprès d’un inconnu de 43 ans qu’elle devait appeler « papa », qui se couchait tous les soirs à ses côtés sans jamais que sa mère ne s’en étonne, et qui subissait les pulsions d’un pédophile dans sa toute puissance. « Au début je pensais que c’était normal. Je pensais qu’un papa faisait ça », lance-t-elle.

Elle poursuit son récit glaçant, raconte que Raymond Adam prétendait qu’ils étaient en couple et qu’il « voulait avoir des enfants » avec elle… Puis trois autres années rythmées par les parloirs après l’incarcération de l’accusé. Il y aura 107 visites en tout. « À chacune de ces visites il vous a pénétré digitalement ? », questionne le juge. « Oui », confirme la jeune femme. « Est-il possible que pendant ces 107 visites, votre mère n’ait rien vu ? », insiste le magistrat. « Non, ce n’est pas possible », répond-elle avant de regagner le banc des parties civiles et de laisser sa place à sa mère.  

Raymond Adam : « Oui, c’est vrai, j’ai fait des pénétrations »

Carine B. se lève pour faire face aux jurés. C’est une petite femme chétive, qui se dandine nerveusement, qui parle d’une petite voix, la tête baissée vers ses mains entrelacées. Elle est mal à l’aise et semble complètement paumée, dépassée. Elle maintient sa fragile version, celle d’une mère qui n’a rien vu des agressions et viols qui se déroulaient parfois à quelques centimètres de ses yeux.

Invitée par l’une de ses deux avocates, maître Wafae Ezzaitab (avec maître Annélie Deschamps, Ndlr) à dire toute la vérité, elle ne dévie pas : « La vérité, c’est que je n’ai pas vu ce qu’il s’est passé ou que j’ai fait abstraction. Maintenant j’ai beaucoup de regrets. » Une position qui ne semble pas surprendre l’experte psychiatre qui l’a examinée : « Elle présente des comportements d’évitement. C’est une femme très immature qui n’avait pas d’empathie à l’égard de sa fille. » 

Les avocats des parties civiles ont plaidé ce mercredi soir. Ici maître Pierry Fumanal et maître Dominique Alaize. Photo Tony Duret / Objectif Gard
Les avocats des parties civiles ont plaidé ce mercredi soir. Ici maître Pierry Fumanal et maître Dominique Alaize. Photo Tony Duret / Objectif Gard

L’experte enchaîne sur Raymond Adam, qu’elle a également rencontré, et qu’elle présente comme quelqu’un de pervers : « La façon dont ça s’est passé au vu et au su de tout le monde dans un parloir me paraît particulièrement perverse. » Dans le box, Raymond Adam ne bronche pas. C’est à la barre, où le président lui demande de venir s’expliquer, qu’il se livre enfin. Il revient sur ses hésitations de début de procès : « Ca faisait huit ans que j’étais dans le déni. Hier matin, c’était très dur, j’ai eu très très mal. […] Mais oui, c’est vrai, j’ai fait des pénétrations. » Des aveux. Enfin. On respire du côté des parties civiles. Il conclut son intervention : « Depuis des années, je me cache en me disant que je ne suis pas pédophile. C’est un mot qui me fait souffrir. Ca me ronge à l’intérieur. » Il n’est certainement pas seul. 

La fin de journée se terminera par les plaidoiries des avocats de la partie civile. Après ces deux longues journées au coeur de l’horreur, on retiendra cette parenthèse de maître Jean-Charles Jullien à l’attention de la victime : « J’ai un espoir pour elle. C’est que pour l’avenir la vie soit aussi belle qu’elle a été laide par le passé ». Elle le mériterait. 

Tony Duret

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