FAIT DU SOIR Par-delà les frontières, le 150e anniversaire de la « Miss Pop » commémoré

Ils étaient certes moins nombreux qu’à l’accoutumée, mais plusieurs centaines de protestants ont tout de même participé à la traditionnelle Assemblée du Désert organisée à Mialet, chaque année le premier dimanche de septembre. Certains sont venus de Suisse, de Belgique, du Luxembourg, d’Allemagne etc.

L’an passé, l’Assemblée du Désert n’avait pu avoir lieu, en raison du contexte sanitaire, nous n’y reviendrons pas. Et cette année, si l’événement a été maintenu, cette question de contexte a visiblement interrogé de nombreuses personnes qui ont finalement décidé de passer leur tour. Aussi la foule était bien plus clairsemée qu’à l’accoutumée où on peut compter jusqu’à 15 000 personnes réunies sous les châtaigniers du Mas Soubeyran à Mialet. Cette Assemblée rassemble toutes les familles du protestantisme.

Lors du culte ce dimanche 5 septembre, au Mas Soubeyran à Mialet. (Photo : Stéphanie Marin/ObjectifGard)

La première a eu lieu le 24 septembre 1911, lors de l’inauguration du Musée du Désert avec ses fondateurs Franck Puaux et Edmond Hugues, et depuis, à l’exception des périodes de guerre (ou de crise sanitaire, donc), l’Assemblée du Désert se déroule chaque année, le premier dimanche de septembre dans une ambiance recueillie et conviviale. “Après la révocation de l’édit de Nantes en 1685, le protestantisme a été interdit. Et cela durant plus d’un siècle, jusqu’à la Révolution française, situe Denis Carbonnier, conservateur du Musée du Désert. Donc les fidèles, ceux qui voulaient conserver leur foi se réunissaient dans des grottes, dans des garrigues, dans des coins cachés en tout cas. C’est en souvenir à ces assemblées que nous nous réunissons.

Le pasteur Olivier Brès, président de la Mission populaire évangélique. (Photo : Stéphanie Marin/ObjectifGard)

À 10h30, au moment du culte narré par le pasteur Olivier Brès, président de la Mission populaire évangélique (nous y reviendrons plus loin), les habitués avaient déplié leur chaise et s’étaient confortablement installés à l’ombre des arbres. Assises à même le sol, Honorine, 26 ans, Nirina, 22 ans et Solène, 28 ans, découvraient pour la première fois l’Assemblée du Désert. “Nous sommes protestantes et voulions connaître cette journée dont tout le monde parle“, lançaient les trois Anduziennes à l’unisson, surprises de voir autant de monde autour d’elle. Et encore rappelons-le la jauge de ce dimanche n’a pas été celle des Assemblées avant 2020.

Honorine, 26 ans, Nirina, 22 ans et Solène, 28 ans, découvraient pour la première fois l’Assemblée du Désert. (Photo : Stéphanie Marin/ObjectifGard)

Pierre, 14 ans, a accompagné sa grand-mère Catherine. Pour le Bellegardais aussi c’était une première. “Ma famille est protestante, je suis protestant depuis que je suis né, alors j’avais envie d’y participer“, explique-t-il. Collégien à Bellegarde, l’adolescent parle très peu religion avec ses amis : “Dans le groupe, il y a de tout : des protestants, des catholiques, des musulmans et des athées aussi. Ce n’est pas un sujet tabou, mais chacun fait ce qu’il veut, chacun se respecte.

Mireille, 83 ans et ses deux petites-filles, Juliane, 20 ans et Clémence, 16 ans. (Photo : Stéphanie Marin/ObjectifGard)

À quelques pas de Pierre, nous observons une grand-mère et ses deux petites-filles, serrées les unes contre les autres, chantant un psaume en choeur. Une fois le culte terminé, nous ne pouvons nous empêcher d’aborder ce joli trio. “Mamie a proposé de nous y emmener. Nous avons accepté pour lui faire plaisir mais aussi pour découvrir. C’est notre premier culte“, explique l’aînée des soeurs, Juliane, 20 ans. Le deuxième argument soulage quelque peu la grand-mère, Mireille âgée de 83 ans. Tous les trois ans, elle quitte son village héraultais, Pignan, pour s’engouffrer dans les Cévennes gardoises. “C’est un repère pour moi, on y prend des forces sous ces châtaigniers. Et c’est aussi se souvenir de nos ancêtres“, souligne Mireille sous le regard admirateur de ses petites-filles.

La chorale du Musée du Désert. (Photo : Stéphanie Marin/ObjectifGard)

Par-dela des frontières géographiques et des âges, le 150e anniversaire de la “Miss pop” plus communément nommée la Mission populaire évangélique, a été commémoré. Chaque année, un thème est donné à la journée, il peut être directement en rapport avec les anniversaires de l’Histoire protestante. C’est donc le cas en 2021 avec la “Miss Pop”, un protestantisme hors les murs fondé en août 1871, au lendemain de la Commune. De passage à Paris, le pasteur écossais Robert McAll, distribuant des tracts, fut interpellé ainsi par un ouvrier de Belleville : “Dans ce quartier qui contient des ouvriers par dizaines de mille, nous ne pouvons accepter une religion imposée, mais si l’on nous présentait une religion de liberté et de sincérité, alors nous l’écouterions“. McAll y entendit un appel missionnaire en direction du monde ouvrier écrasé et déchristianisé.

La préfète Marie-Françoise Lecaillon, préfète du Gard et Françoise Dumas, députée du Gard, entre autres personnalités gardoises ont fait le déplacement jusqu’à Mialet. Le pasteur François Clavairoly, président de la fédération protestante de France, été également présent. (Photo : Stéphanie Marin/ObjectifGard)

Inspiré par le modèle du réveil méthodiste, il organise des réunions d’évangélisation et d’éducation populaire dans des lieux “laïcs”, salles de bistrot ou péniches. Des salles s’ouvrent et se multiplient – une centaine vers 1880. À Marseille, l’œuvre est développée par Ruben Saillens, l’auteur de “la Cévenole”, évangéliste des Eglises libres, qui s’en détachera pour fonder des Eglises baptistes. Après la guerre de 1914-1918, l’expérience des “fraternités” réunit des permanents de la Mission populaire engagés dans le Christianisme social : en première ligne Elie Gounelle, pasteur à Alès puis à Roubaix, et Henry Nick, pasteur de Mialet puis à Lille. Suite au culte le matin, la fête commémorative a démarré dès 14 heures, avec des allocutions historiques avec Christophe Chalamet, professeur de la faculté de théologie de l’Université de Genève, Daniel Travier, historien.

Stéphanie Marin

Cet article FAIT DU SOIR Par-delà les frontières, le 150e anniversaire de la « Miss Pop » commémoré est apparu en premier sur Objectif Gard.

About the author