FAIT DU SOIR L’Abbaye de Saint-Roman révèle ses nouveaux secrets

Petit à petit, l’Abbaye de Saint-Roman sort de son mystère. Les campagnes de fouilles organisées depuis les années 60 permettent d’affiner l’histoire du site troglodytique perché sur les hauteurs de Beaucaire.

Trois campagnes en trois ans. Déjà analysée dans les années 60 et 90, l’Abbaye de Saint-Roman a cette fois-ci été passée au peigne fin lors des étés 2019, 2020, 2021. Mais que révèlent ces fouilles opérées sur cette propriété de la commune de Beaucaire depuis 1988 et gérée par une délégation de service public pour le compte de la communauté de communes Beaucaire Terre d’Argence ? Ce mardi 13 juillet, Jean-Luc Piat, archéologue et directeur scientifique a fait le point sur les découvertes de ces dernières campagnes engagées dans le cadre d’un Programme collectif de recherche et financées à hauteur de 160 000 euros par la CCBTA (*).

La chapelle troglodytique de l’Abbaye de Saint-Roman. (Photo : Stéphanie Marin/ObjectifGard)

Les différentes études menées depuis une soixantaine d’années avaient déjà fait jaillir des hypothèses, mais les moyens techniques et financiers n’étaient pas ceux d’aujourd’hui. Ainsi, cette campagne de fouilles qui s’est déroulée en trois phases a permis de confirmer certaines interprétations ou d’en apporter de nouvelles. Et cela après un véritable travail de fourmi. Une trentaine de secteurs ont été examinés, près de 3 500 objets ont été identifiés, enregistrés et classés dans des dizaines de classeurs et pochettes cartonnées précieusement conservés par l’archéologue. Leur analyse permet de reconstituer l’histoire du site, de faire le point sur la chronologie des aménagements encore visibles, d’en comprendre les dispositions topographiques et fonctionnelles.

Jean-Luc Piat, archéologue et directeur scientifique d’Eveha études et valorisation archéologique. (Photo : Stéphanie Marin/ObjectifGard)

L’équipe en charge de cette opération – une quinzaine de personnes dont des chercheurs de divers horizons, des professeurs des universités d’Aix-en-Provence et de Montpellier, des membres d’associations locales, des étudiants des universités de Bordeaux, Toulouse etc – a, grâce à ces trouvailles, confirmé l’hypothèse de l’existence au XI et XIIe siècle d’une église sur la partie du plateau, en-dessous de laquelle se trouve une chapelle souterraine déjà connue. “Dans cette chapelle, on a mieux compris les phases de creusement, indique Jean-Luc Piat. La première est un investissement funéraire dans lequel on a créé des sortes d’arcosolia imités des catacombes romaines. Cet espace a ensuite été réinvesti par une chapelle sans doute au moment où on a construit l’église au-dessus.

Toujours dans cette chapelle, des dizaines de petites niches creusées dans la roche. L’an dernier, l’équipe de recherche émettait l’hypothèse d’un sanctuaire de répit pour baptiser des bébé morts-nés. Elle est, cette année, remise en cause suite à la découverte d’une citerne juste au-dessus.

Les trois campagnes de fouilles ont eu lieu lors des étés 2019, 2020 et 2021 à l’Abbaye de Saint-Roman. (Photo : CCBTA)

Des aménagements rupestres devaient servir à présenter des reliques. “Ce qui permet de comprendre le succès du monastère. Et là, on peut probablement rapprocher la dédicace du sanctuaire à Saint Roman. On envisage que peut-être ce soit le Saint Roman martyrisé à Rome en même temps que Saint Laurent et qu’une partie de ses reliques ont pu être mises en évidence et attirer les personnes qui voulaient être inhumées“, ajoute l’archéologue.

Car on dénombre des centaines de sépultures sur le site. Lors de ces dernières fouilles, une dizaine de squelettes ont été découverts. Il est aujourd’hui possible de connaître leur datation grâce au procédé au carbone 14. “Ça nous permet de connaître la date d’enfouissement des corps. On sait ainsi que le cimetière remonte à un peu avant l’an mille et se termine un peu avant la fin du XIVe siècle“, précise notre guide. Quant aux origines de ce monastère, elles sont en lien avec le diocèse d’Arles qui face à ceux d’Uzès, de Nîmes et d’Avignon, a voulu marquer son territoire avec ce monument.

Des centaines de sépultures sur le site. (Photo : Stéphanie Marin/ObjectifGard)

Puis des bâtiments monastiques ont été détruits pour permettre la construction d’un studium dans les années 1360-1370, par un pape d’Avignon, Urbain V. Cet aménagement que l’on peut aussi nommer collège, était déjà connu, des textes apportent la preuve de son existence. Mais là encore, le travail de l’équipe sur place a permis d’établir la vraie dimension de cette bâtisse. “Et ce que nous pensions être un cloître de l’époque romane est plutôt un préau autour duquel se trouvaient des bâtiments de classes ou de logements. Il est bien daté du XIVe siècle et non du XIIe siècle“, insiste Jean-Luc Piat. Au XVIe siècle, un particulier fait construire un château seigneurial avant d’être abandonné au début du XIXe siècle, dépourvu de quelques pierres vendues.

C’est dans chaque détail que se révèle l’histoire de l’Abbaye de Saint-Roman. Ici une inscription permettant de situer l’occupation de cette cellule par Vitalis au XIIe siècle. (Photo : Stéphanie Marin/ObjectifGard)

Tout cela et bien d’autres informations encore garniront le rapport final qui sera transmis à la Direction régionale des Affaires culturelles d’Occitanie. Une copie sera transmise au cabinet d’architectes qui sera prochainement sélectionné pour mener le projet de conservation et de mise en valeur du monument. Deux volets sont au cœur de celui-ci : une meilleure accessibilité et compréhension du site. À noter que la fréquentation de l’Abbaye de Saint-Roman est actuellement estimée à environ 30 000 visiteurs par an. Les plus curieux pourront découvrir le résultat de l’ensemble de ces fouilles et ses enjeux les 18, 19 et 20 novembre 2022 à l’occasion d’un colloque organisé à l’Auditorium de Fourques.

Stéphanie Marin 

*Avec le soutien de l’État (Drac Occitanie) et de l’Europe.

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