FAIT DU SOIR Éric Piolle, en lice à la primaire écologiste : « Si on a quatre candidats à gauche en avril prochain, la défaite est garantie »

Ce lundi 30 août, le maire de Grenoble, Éric Piolle, sera en visite dans l’Uzège. Il découvrira l’ombrière photovoltaïque du foyer communal de Garrigues-Sainte-Eulalie ainsi que la coopérative Citre (*). Depuis juin, l’élu enchaîne les déplacements espérant mobiliser les troupes en vue de la primaire écologiste qui désignera le candidat aux élections présidentielles. Les sympathisants ont jusqu’au 12 septembre pour départager Yannick Jadot, Sandrine Rousseau, Delphine Batho, Éric Piolle et Jean-Marc Governatori. Éric Piolle est persuadé d’être le plus à même de fédérer “l’arc humaniste“. Il nous en dit plus quelques heures avant de fouler le sol gardois.

Objectif Gard : Pourquoi venez-vous dans le Gard ce lundi ?

Éric Piolle : C’est un plaisir de revenir à Uzès et dans le Gard où j’étais déjà lors de la campagne des Régionales. (…) Ça permet d’échanger avec les élus et les acteurs locaux. C’est à peu près mon 40e déplacement depuis le 30 juin en tant que candidat à la primaire écologiste. Ce sera aussi l’occasion de discuter avec les militants, de motiver les sympathisants pour qu’ils deviennent activistes. On est à deux semaines de la fin de la campagne. Tout le monde, dès 16 ans, peut voter à cette primaire écologiste.

Vous êtes donc candidat à la primaire écologiste, quel est votre atout ?

Le but, c’est de fédérer “l’arc humaniste”. Je considère que je suis le plus à même de le faire. On l’a fait à Grenoble en 2014 et en 2020. J’ai aussi travaillé pendant 18 ans dans l’industrie. À l’heure où on parle de relocalisation, avoir cette expérience concrète du terrain est important. Tout comme celle d’élu local, de maire. J’ai aussi l’expérience du pouvoir et de la victoire (Éric Piolle a été réélu maire avec 30% de plus qu’en 2014, situation inédite dans les 25 plus grandes villes de France, ndlr). C’est spécifique à mon parcours d’élu local non-parisien. Ce sont des atouts qui sont forts pour révéler une majorité culturelle et écologiste en France. Une majorité qui est contre ce modèle néo-libéral qui fait de moins en moins de vainqueurs, détruit la planète et entraîne les hommes dans une compétitivité permanente.

C’est ce qui vous a poussé à être candidat ? 

Oui, je me prépare à cette éventualité depuis 2017. Avant, l’hégémonie du Parti socialiste stérilisait un peu le débat d’idées dans l’espace de l’écologie concrète. Là, il y a une fenêtre de tir. Ma détermination est de gagner en avril prochain. Parce qu’il faut changer la vie, le but n’est pas juste de gagner une élection. Mais de nous mettre tous derrière un projet qui fédère.

Le Gard est un département rural marqué par la viticulture, l’arboriculture. L’une de vos mesures phares consiste à créer 120 000 emplois dans l’agriculture et 25 000 fermes communales agroécologiques. Vous pouvez nous expliquer ?

On a dessiné une feuille de route pour atteindre notre objectif : réduire les rejets de gaz à effets de serre de 55% en 2030, et regarder quelles sont les conséquences pour l’emploi. Nous avons besoin d’un cap concret pour sécuriser le changement. Aujourd’hui, il y a un peu plus de 450 000 agriculteurs en France, la moitié va partir à la retraite dans les 10 prochaines années. Donc l’enjeu de la transmission est extrêmement fort. Avec ces fermes communales, ça permet d’assurer l’installation plutôt qu’un élargissement de fermes géantes. Dans nos propositions, on veut aussi protéger les intérêts du foncier des intérêts étrangers.

À l’échelle locale, les PCAET (Plan climat air-énergie territorial) sont en train de se ficeler. Vous visez dans votre programme la neutralité carbone d’ici 2045. Faut-il aller encore plus loin ?

Je crois beaucoup au local. Aujourd’hui la France a voté des objectifs mais elle ne les met pas en oeuvre car Emmanuel Macron est prisonnier de ce modèle néo-libéral qui enrichit les plus riches. Pour moi, il faut un État stratège qui donne les moyens au local d’agir. À Grenoble en 2022, nous produirons assez d’électricité pour couvrir nos besoins en énergie 100% verte. Mais c’est un gros investissement qu’on a lancé en 2017-2018 : plus de 120 millions d’euros ! L’enjeu est grand dans les années à venir pour protéger le climat et la biodiversité.

Ça suppose des contraintes quand même…

Ce sont des défis à relever mais qui sont enthousiasmants. Ils permettent une émancipation, une réduction des inégalités… Plutôt que de vivre dans un monde où la seule chose dont on nous parle, c’est la compétition. Il y a de toute façon une évolution des esprits, toutes générations confondues.

Autre sujet : dans le Gard, la ligne TER rive droite du Rhône va enfin rouvrir en 2022 après des années de négociation. Dans votre programme, vous prévoyez d’investir 3 milliards d’euros par an dans le ferroviaire. Pour quels projets serait fléchée cette enveloppe en priorité ?

Exactement pour cela : pour les trains, les déplacements du quotidien. C’est ça qui fait notre accès au travail, à la culture… C’est là dessus qu’il faut mettre l’accent. L’échec total d’Emmanuel Macron dans le plan de relance, c’est de vouloir revenir à comme c’était avant. On ne tire pas profit de ces derniers mois pour nous réorienter et préparer l’avenir. La capacité d’adaptation, c’est l’essence du politique. Il faut faciliter la marche à pied là où on peut en réappropriant l’espace public qui a été rongé pour la voiture et privilégier les transports en commun.

Pensez-vous que la multiplication des candidats à gauche met en danger une victoire à la présidentielle ?

C’est sûr que si on a quatre candidats à gauche en avril prochain, la défaite est garantie. Là-dessus, il faut avancer étape par étape. On discutera cet automne voir comment on peut se fédérer derrière l’écologie.

Si vous passez la primaire, comment comptez-vous concerner les électeurs de Marine Le Pen qui représentent une frange importante de l’électorat français ?

Quand on parle d’insécurité, l’extrême droite répond qu’elle va protéger de cette insécurité physique : enfermer la France derrière des murs et purger les mauvais éléments. Mais l’insécurité est sociale et climatique. Le dérèglement du climat est quelque chose que l’on touche du doigt avec le gel dans les vignes, les inondations, les incendies, la pollution de l’air… Moi je m’adresse à tous pour savoir comment vous vous déplacez, vous vous logez, vous vous alimentez. Parce qu’il y a une réponse qui est humaniste et qui cultive le meilleur de ce que nous avons tous en nous.

Aux dernières municipales, on a assisté à une “vague verte”, est-ce que vous pensez qu’elle peut continuer de déferler pour ce scrutin présidentiel ?

Oui, j’y crois beaucoup. Ma détermination est pour faire émerger cela.

Il y a tout de même eu depuis quelques polémiques, comme le sapin à Bordeaux. N’avez-vous pas peur que ça ait discrédité le mouvement aux yeux du grand public ?

Ce sont des polémiques. Ça montre juste que les propriétaires du pouvoir ont peur de nous et dans cette panique, ils utilisent un vocabulaire de plus en plus violent. Le président de la République nous a traité d’Amish, le ministre de la Justice d’Ayatollah, de khmers verts… ça fait référence à l’univers génocidaire quand même. Il y a cette violence et cette volonté de polémiques permanentes. On rentre dans une campagne présidentielle, je suis préparé à toutes les attaques et ça me glisse dessus comme sur les plumes d’un canard.

Propos recueillis par Marie Meunier

(*) Une rencontre avec Éric Piolle sera ouverte à tous les citoyens qui le souhaitent ce lundi 30 août, à partir de 18h, à la salle Jean-Racine de la mairie d’Uzès. Il dédicacera aussi son livre sorti en juin “De l’espoir ! Pour une république écologique” (éditions Liens qui se libèrent). 

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