FAIT DU SOIR Comment s’annonce le millésime 2021 pour les vignerons gardois ?

Gill Jaume, du domaine de Gilphine, à Théziers (Photo : Thierry Allard / Objectif Gard)

Tous les vignerons vous le diront : tant que le raisin n’est pas rentré dans les caves, tout peut advenir. Néanmoins, lorsqu’on arrive à la mi-août, les premières tendances sont déjà installées dans les vignes. Alors nous avons profité de la Foire aux vins d’Uzès pour aller prendre la température. 

Difficile de rater la grosse seringue sur le stand du domaine Gilphine, basé à Théziers. Une grosse seringue rouge, avec en lieu et place du sérum une bouteille de vin rouge baptisé « Le vaccin anti-covid », nom d’une cuvée spéciale que Gill Jaume a sorti cette année. Le vigneron est facétieux et a pris le parti de plaisanter avec une situation sanitaire qui cependant impacte son activité. « Le millésime sera joli, pour l’instant il s’annonce bien, après le plus difficile c’est les ventes, savoir si le marché repart », dit-il.

Le vaccin anti-covid du domaine Gilphine, à ne pas s’injecter en intraveineuse toutefois (Photo : Thierry Allard / Objectif Gard)

Car il l’affirme, la crise sanitaire lui a fait du mal avec l’effondrement des marchés à l’étranger, les restaurants fermés de longs mois… Alors cette année, « pour la première fois je vais vendre une partie de mon raisin à un négociant », souffle-t-il. Et il y en aura, du raisin : son domaine a été épargné par le gel, et « on a eu les bonnes pluies au bon moment, la vendange sera saine par rapport à d’autres régions qui ont eu beaucoup de pluie et perdent une partie de leur récolte à cause du mildiou », affirme Gill Jaume. 

À un jet de pierre de Théziers, à Domazan, le son de cloche est différent : « heureusement qu’il a plu ce samedi, nous sommes sur des plateaux arides et secs et c’était limite, le feuillage commençait à sécher », explique Norbert Espérandieu, qui tient avec son épouse Claudine le domaine du Prieuré Saint-François.

Claudine et Norbert Espérandieu, du domaine le Prieuré Saint-François, à Domazan (Photo : Thierry Allard / Objectif Gard)

La pluie de ce week-end a donc été une bénédiction, et a « fait grossir les raisins », poursuit-il, avant de dire que ce millésime il « le sen(t) pas mal. » Aussi côté volumes : épargné par le gel, son rendement sera « meilleur qu’en 2020 où on avait eu de la grêle, donc si ça reste comme ça on aura une très belle qualité. » Norbert Espérandieu ne cracherait cependant pas sur de la pluie, « longtemps et doucement », si possible. 

On s’enfonce dans les terres pour prendre la direction d’Arpaillargues, à côté d’Uzès, et plus précisément du domaine 100 % bio Deleuze-Rochetin, où le millésime 2021 s’annonce « a priori plutôt bien », nous dit le vigneron qui se présente comme « Monsieur Deleuze ou monsieur Rochetin, comme vous voulez ! » Globalement épargné par le gel tardif de ce printemps, le domaine a en revanche eu du mildiou cette année. « Nous nous en sommes sortis pas trop mal car nous travaillons en préventif et que nous étions tous les jours dans les vignes pour intervenir tout de suite », affirme M. Deleuze (ou Rochetin, donc).

L’équipe du domaine Deleuze-Rochetin, à Arpaillargues (Photo : Thierry Allard / Objectif Gard)

Et plus proche du Rhône ? Cap sur Sabran, dans la vallée de la Cèze où là, par contre, le gel tardif a fait des dégâts. « Nous avons perdu entre 30 et 50 % de la production », estime Louis Lefebvre, du domaine Lefebvre d’Anselme. Heureusement, « ensuite la vigne a bien réagi, et la perte pourrait être moins importante que ce qu’on a estimé sur le moment », tempère-t-il. 

Comme tous ses confrères, Louis Lefebvre est philosophe et préfère « regarder la partie pleine du verre », à savoir que cette année, « la vigne ne souffre pas trop de la chaleur, nous avons un peu d’eau, pas trop, au niveau des maladies ça va. » Alors 2021 sera pour son domaine une année de petits volumes, mais de bonne qualité.

Louis Lefebvre, du domaine Lefebvre d’Anselme, à Sabran (Photo : Thierry Allard / Objectif Gard)

Les vendanges moins précoces qu’en 2020

Quant aux vendanges, tout le monde s’accorde pour dire qu’elles seront plus tardives que l’an dernier d’une dizaine de jours. Il faut dire que les vendanges 2020 étaient d’une rare précocité et que cette année, « le gel a retardé le débourrement (en d’autres termes le réveil végétatif de la vigne après l’hiver, ndlr) », affirme Louis Lefebvre, qui aime ramasser tardivement, « entre le 20 et le 30 septembre. » 

« On a pris du retard, mais je ne suis pas pressé, il y a encore des grains verts et roses », note pour sa part Gill Jaume, quand chez Deleuze-Rochetin, on compte commencer à vendanger les premiers cépages blancs « sûrement la semaine prochaine. » C’est 8 à 10 jours plus tard que l’an dernier. De toute façon, sur les vendanges comme sur le reste, notre vigneron le rappelle, « c’est à la nature qu’on doit s’adapter. » Et pas l’inverse. 

Thierry ALLARD

thierry.allard@objectifgard.com

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