ASSISES DU GARD 30 ans pour le pédophile récidiviste et 15 ans pour la marâtre complice

Après trois jours d’audience, aux assises du Gard c’est à une lourde peine qu’ont été condamnés les anciens amis, Raymond Adam, accusé d’avoir violé Justine, une mineure de moins de 15 ans, et la mère de cette dernière, Carine Boluda, prévenue de « complicité positive ». Le pédophile récidiviste écope de 30 ans de réclusion assortis d’une période de sûreté à hauteur des 2/3 de cette peine (20 ans) et la mère de l’enfant de 15 ans de réclusion criminelle.

C’est l’histoire d’une famille décomposée, d’une violence quotidienne. Le père alcoolique est chassé du domicile par sa femme, Carine Boluda. Elle rencontre Raymond Adam, ancien pompier et maître nageur. Carrure de boxeur, chauve, regard noir, les yeux enfoncés sous des arcades sourcilières protubérantes. Il est routier au moment de son arrestation. Vincent Boluda, le propre frère de Carine, qui le connaît depuis 30 ans lui « aurait confié ses filles », affirme Me Amélie Deschamps, premier avocat du prévenu. Vêtue de noir, recroquevillée sur elle-même, Carine Boluda regarde vers le sol.

Justine aime sa mère, sa mère aime Raymond mais Raymond aime Justine

Poursuivant sa plaidoirie, Me Deschamps explique que « c’est une femme naïve, trop confiante envers les hommes, prête à se jeter à corps perdu dans l’amour qu’elle a cru entrevoir chez Raymond Adam. » Mais lui est amoureux de la fille de Carine, Justine, 9 ans. Selon son deuxième avocat Me Para : « Il était amoureux de Justine. Ce n’était pas qu’une relation de cul. » Et pour accéder à Justine, il doit composer avec la mère et lui faire croire en l’amour. Il emmène la petite au cinéma et semble être très protecteur. Ainsi, laisse-t-elle entrer le loup dans la bergerie.

Carine Boluda explique que Raymond Adam dormait dans la chambre de Justine mais qu’elle n’imaginait pas qu’il pouvait lui faire du mal. C’est ici que les viols ont commencé. Selon Me Deschamps, « elle a été coupée de sa famille, de ses amis. Il avait une forme d’emprise sur elle et, petit à petit, elle a pu s’installer dans la croyance qu’il pourrait être un bon père. D’ailleurs la petite devait l’appeler papa. Elle l’a aimé a en perdre le sens de la raison, au point de se déconnecter de tout. « 

Mais les choses ne sont pas si limpides. Certes Raymond Adam est animé par une orientation sexuelle pédophile. Certes, il est un prédateur, en instance de condamnation au moment des faits pour plusieurs viols sur mineures. Certes, le premier jour d’audience, il a reconnu les faits de viols sur Justine. Mais l’attitude de Carine Boluda interpelle. Aurait-il pu violer Justine au parloir sans la complicité de sa mère ?

« la mère donne sa fille en offrande… »

Alors que Raymond Adam est incarcéré à la prison de Nîmes, en mettant en avant son cancer, elle obtient de lui rendre visite régulièrement au parloir dans un box privatif. Elle y emmène Justine qui subit viols et attouchements en présence de sa mère. « Carine Boluda, est assise là pendant qu’il fait des introductions vaginales, dans le sens digital », explique l’avocat général, Pierre Couttenier dans son réquisitoire. Il ajoute : « Si vous estimez que ces viols ont été possibles sans elle, vous aurez un doute, la question elle est là. Ma réponse est non. »

La veille, le père de Justine avait lancé : « Elle a emmené ma fille à l’abattoir.  » En effet, Pierre Couttenier parle de complicité active de viol de la part de la mère : « Ce n’est pas que Carine Boluda n’a pas dénoncé les abus sexuels, c’est qu’elle a permis tout cela. Elle lui a ouvert la porte de la chambre de sa fille. » Par la suite, elle enverra par téléphone portable des photos de Justine dénudée au nouveau « papa », alors incarcéré à la prison de Nîmes. Pierre Couttenier explique que pour les besoins de sa propre satisfaction, la mère donne sa fille en offrande.

Il insiste en fixant Carine Boluda du regard : « Il n’y a rien entre vous et Adam, c’est platonique. Seulement une relation à deux avec un objet au milieu. Et cet objet c’est Justine. Elle est belle et jeune, pleine de vie. Elle ne deviendra que l’unique vecteur de votre relation avec lui. » Alors Justine, seule, va souffrir, se renfermer, se transformer en garçon manqué. « Rien à faire des résultats scolaires et de ses besoins, ce n’est pas un sujet. Elle n’est pas enfant, elle n’est donc pas protégeable », conclut-il.

Justine en Indochine

Mais alors qui a protégé Justine pendant toutes ces années ? Personne. « Cette nuit je me suis demandé si Justine c’était pas Bob Morane, la vraie héros de tous les temps. Seule dans un monde peuplé, seule dans un monde déserté, seule dans un monde de déserteurs », assène l’avocat général. Un ange passe… Il parle à Justine qui est devant lui. Elle est tournée vers lui. Chez lui, il y a quelque chose d’Yves Montand dans « Z » . La posture, la conviction, les gestes, la voix. Il continue : « La prison a une fonction de protection de l’enfant, elle est où? Elle n’est pas là. À l’égard de Justine, à l’égard de tous, elle n’est pas là. Le représentant de la société que je suis plaide coupable de multiples dysfonctionnements. » La prison, la justice, la police, sa mère. Aucun n’a joué son rôle, aucun n’a protégé Justine.

Chronologie d’une catastrophe annoncée

Les failles institutionnelles sont ahurissantes et se sont empilées comme on enfile des perles. Ainsi un homme accusé par cinq autre fillettes de pédophilie et incarcéré pour ces faits a été autorisé plus de cent fois à des visites de parloir en présence d’une enfant de neuf ans. La dénonciation du co-détenu de Raymond Adam, qui constate que sa mère envoie à Raymond des photos de Justine dénudée, et les rapports administratifs des trois surveillants alertant leur hiérarchie resterons lettre morte.

En mars 2015, le père de Justine évoque ses doutes aux éducateurs, il soupçonne Raymond Adam de pédophilie, il est convaincu qu’il s’est passé quelque chose. Il se rend même à la police. Mais il ne se passe toujours rien. Il faudra attendre octobre 2018, quand Justine se présente à la police avec sa sœur ainée pour dénoncer son pseudo « beau-père » pour que l’appareil judiciaire se mette enfin en branle.

Des aveux en gage de début de rédemption

Devant toutes ces accusations et faits accablants, Raymond Adam avait fini par tout avouer dès la première journée du procès. Ludovic Para, son deuxième avocat pointe son client d’un doigt vindicatif : « On est d’accord ce gars là n’est pas un mec bien. C’est pas un mec bien mais ce n’est pas le pire non plus. C’est quelqu’un qui n’arrivera pas à recueillir votre sympathie. Mais on peut pas lui enlever le fait que c’est quelqu’un qui a entamé un chemin. Ses aveux c’est une vraie démarche, il ne fait pas cela pour s’en sortir. »

Me Caroline Greffier, première avocate est sur la même longueur d’onde : « Vous n’en avez probablement pas envie mais je vais vous demander d’essayer de comprendre. Comment il a commis ces agissements. Ce n’est pas une maladie mais c’est quelque chose qui s’impose à lui. Ce sont des pulsions qu’il n’est pas parvenu jusque là à contrôler. » D’après l’avocate, dès 2013 le naufrage aurait pu être empêché. Elle demande alors aux jurés de prendre en considération que le système judiciaire doit prendre sa part de responsabilité car il n’a pas protégé Justine mais n’a pas protégé Raymond Adam non plus.

L’avocat général requiert 30 ans pour Raymond Adam

Pierre Couttenier requiert 30 années de réclusion criminelle. Il croit à la sincérité des aveux de Raymond Adam, et il croit à sa volonté de se soigner. Mais il demande 30 ans de réclusion et une période de sureté de moitié de la peine. Un suivi socio-judiciaire durant 10 ans après sa sortie. Ainsi qu’une interdiction d’entrer en contact avec la victime. Il demande qu’il fasse l’objet en fin d’emprisonnement d’un réexamen de situation psychiatrique et sociale avant de s’adresser à l’accusé : « Monsieur Adam, la balle est dans votre camp. Cette peine sera conçue pour ce que vous en ferez, et tout ce que vous en ferez de bon sera bon pour vous et pour nous. »

L’avocat général charge lourdement Carine Boluda. Concernant tous ces viols, il assène : « Par vos actes vous les avez rendus possibles. » Mais il évoque également en filigrane une position de co-autrice de la mère par rapport aux agissements de Raymond Adam. Il reste cependant clément dans sa demande aux jurés : 10 ans de réclusion criminelle ainsi qu’une prise en charge psychiatrique. Il cite des circonstance atténuantes nombreuses, notamment le fait qu’elle soit malade du cancer, fébrile psychologiquement et son enfance difficile. Il demande une peine adaptée, qui lui permette de « remettre les choses dans l’ordre et de revenir dans son rôle de maman. »

Derniers à s’exprimer, les accusés se sont adressés à la victime. « Je voudrais parler à Justine. Je t’aime », a lâché Carine Boluda. Raymond Adam lui a demandé « pardon« , disant espérer « qu’elle pourra se reconstruire. » Après deux heures de délibéré, le verdict du jury populaire tombait : 30 ans de réclusion avec une période de sûreté a hauteur des 2/3 pour Raymond Adam déjà condamné à 20 ans dans une affaire précédente similaire. Il devrait faire 40 ans de prison selon Me Para. Et 15 ans de réclusion criminelle pour Carine Boluda. Silencieuse et digne, Justine encaisse le jugement. Jeune maman, à 19 ans, elle a décidé de consacrer sa vie… à la protection des enfants.

Yannick PONS

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